Wish you were here
Nous voilà dans un train, en plein arrêt, et dans un endroit appelé...la Brunière?...je crois; avec une heure de retard, enfin cinquante-neuf minutes me dit Clémence. J'ai eu la bonne idée de prendre du chocolat de secours mais il n'a pas fait long feu.
Enfin bon, du coup j'en profite pour écrire quelque chose d'intéressant qui pourra, si on s'en sort vivants, être mis sur internet, pour informer le monde sur notre grave situation.
La Brunière est un endroit pittoresque, mais simple, et subit certainement une quantité d'action record telle que les jeunes d'ici (si jeunes il y a) raconteront certainement ceci à leurs enfants et petits enfants. Il y a deux maisons, un hangar, une gare, et puis une sorte de coop agricole de l'autre côté des rails.
Je suis déçu du manque d'action. Récement, quand un véhicule tombe en panne, c'est certainement pour être attaqué par une horde de zombies avec un sens de timing parfait qui vient avec la patience de ne plus avoir à s'occuper de choses triviales, comme respirer par exemple. A l'heure ou j'écris ça par contre, j'ai comme l'impression que Clémence pourrait devenir la première des morts-vivants d'ennui...
Mais de façon plus réaliste, j'aurais aimé vivre une situation comme celles décrites par Bill Bryson, lors de ses voyages dans les endroits les plus inattendus et moins visités du monde. J'aurais voulu avoir visité Brunière, foyer du plus grand dé à coudre du monde à plus de 7m de largeur, ou alors acheté une carte postale "J'ai passé -- heures à Brunière et j'ai adoré!" avec des petits autocollants dorés pour compléter les trous. J'ai imaginé que ce petit bled s'active, une famille sortant en courant avec un plateau de babioles et souvenirs dont la vente soutenait la famille depuis cinq générations.
Rien de tout cela, juste un coucher de soleil, et une ligne irrégulière de personnes avec ou sans cigarette, regardant un peu ébahis le train, comme lorsqu'on crève un pneu, et que les autres passagers attendent sur le bas côté sans trop savoir quoi faire. Je paierai pour que quelqu'un fasse mine de chercher la roue de secours du train, j'ai même mon appareil photo pour une fois...
Dans les films, quand le jour implique le calme, la sécurité et l'ennui, c'est au coucher de soleil d'apporter l'action, mais j'ai l'impression que Hollywood m'a encore menti...
Ah, et c'est "La Brohiniere", et je vous encourage à venir voir une grande cuillère à café (discrédité du titre en 94, car vu la taille, c'est plutôt une cuillère à soupe, dont la plus grande est dans un village quasi identique, mais en Australie).
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julien.rf
Quelle aventure